Amphithéâtre classique aux bancs de bois et hautes fenêtres au crépuscule, public assis de dos, article sur l'éloquence

Éloquence : l’art de bien dire, et ce qu’on en tire sans être avocat

Prendre la parole

Par Catherine Testa, parmi les conférenciers les plus demandés de France · +500 références en entreprise · Autrice chez Michel Lafon

Le mot sent la robe noire et le tribunal. Il évoque des avocats qui font pleurer un jury, des tirades interminables, un art réservé à quelques virtuoses. Cette réputation lui rend un mauvais service, parce qu’elle éloigne du sujet les gens qui en auraient le plus l’usage.

L’éloquence se résume à une question très concrète : comment dire les choses pour être compris, retenu et suivi. Un chef de projet qui présente un budget en a besoin. Un conférencier aussi. Un candidat en entretien également.

Les bases anciennes du sujet méritent un rappel, six figures restent utilisables dès demain, le rythme compte plus que le vocabulaire, et les concours d’éloquence apportent quelque chose même à ceux qui ne plaideront jamais.

Qu’est-ce que l’éloquence

L’éloquence désigne l’art de bien dire, c’est-à-dire de choisir les mots, l’ordre et le rythme qui rendent un propos clair, mémorable et persuasif. Elle se distingue de la rhétorique, qui couvre l’ensemble de la construction du discours. L’éloquence porte plus précisément sur la mise en mots et sur la parole vivante.

La tradition classique découpe le travail de l’orateur en cinq étapes, formalisées chez Cicéron dans le De oratore et développées par Quintilien dans son Institution oratoire : trouver les idées, les ordonner, les mettre en mots, les mémoriser, les jouer. L’éloquence occupe la troisième et la cinquième de ces étapes.

5 étapestrouver, ordonner, mettre en mots, mémoriser, jouer : le découpage classique du travail de l’orateurSource : Cicéron, De oratore, et Quintilien, Institution oratoire

Ce découpage garde toute son utilité. Il évite l’erreur la plus répandue chez les orateurs débutants, qui consiste à soigner la formule avant d’avoir choisi les idées. Les mots viennent en troisième position, après le fond et après le plan.

Quintilien ajoutait une exigence morale que je trouve toujours juste : l’orateur, écrivait-il, est un homme de bien qui sait parler. Une éloquence brillante au service d’un propos creux se retourne contre celui qui l’emploie, souvent le jour même, pendant les questions.

Six figures simples qui fonctionnent à l’oral

Six figures de style suffisent à transformer une prise de parole ordinaire : l’anaphore, la règle de trois, l’antithèse, la métaphore, la question rhétorique et la gradation. Elles s’emploient une ou deux fois chacune dans une intervention. Au-delà, l’effet devient voyant et le public décroche.

Figure Ce qu’elle fait
Anaphore Répète le même début de phrase et installe un martèlement qui se retient
Règle de trois Groupe trois termes et produit une impression de complétude
Antithèse Oppose deux termes dans une même phrase et clarifie un choix
Métaphore Rend visible une notion abstraite en la remplaçant par une image concrète
Question rhétorique Réveille l’auditoire et le fait répondre intérieurement
Gradation Monte en intensité terme après terme et prépare une chute

La règle de trois mérite une mention spéciale, parce qu’elle fonctionne dans presque tous les contextes. Trois arguments, trois exemples, trois mots. Le cerveau perçoit le groupe de trois comme un ensemble clos, alors qu’un groupe de deux paraît incomplet et qu’un groupe de quatre part en liste.

La métaphore, elle, demande de la prudence. Une image bien choisie fait gagner deux minutes d’explication. Une image mal choisie oriente le débat pendant tout le reste de l’intervention, et vous passerez les questions à corriger ce qu’elle a suggéré.

Une figure de style bien placée fait gagner deux minutes d’explication. Trois figures de suite en font perdre cinq.Catherine Testa

Le rythme, moteur réel de l’éloquence

Le rythme fait davantage pour l’éloquence que le vocabulaire. Il repose sur trois leviers : l’alternance entre phrases courtes et phrases longues, la variation d’intensité, et la présence de silences. Un orateur au débit uniforme perd l’attention de sa salle en quelques minutes, même avec un texte excellent.

Écrivez vos phrases pour l’oreille. Lisez-les à voix haute. Si vous manquez de souffle avant la fin d’une phrase, votre auditoire manquera d’attention avant la fin de votre idée. Coupez. Une phrase de scène dépasse rarement vingt mots.

Alternez ensuite les longueurs volontairement. Une phrase longue, qui déroule un raisonnement, prend le temps de poser un contexte et amène l’auditoire jusqu’au bout de sa logique. Puis une phrase courte. L’effet vient du contraste.

Les silences, enfin, appartiennent au rythme autant que les mots. Ils relèvent aussi de la présence physique de l’orateur, sujet traité en détail dans l’article sur les cinq marqueurs concrets du charisme. Les deux compétences se rejoignent exactement à cet endroit.

Les concours d’éloquence, à quoi ils servent

Un concours d’éloquence demande de défendre un sujet imposé, en temps limité, devant un jury. L’exercice force trois apprentissages : construire vite, tenir une contrainte de durée, et affronter un public qui juge. Ces trois compétences servent bien au-delà du prétoire, dans n’importe quelle réunion tendue.

La tradition française la plus connue reste la Conférence du stage du barreau de Paris, où de jeunes avocats s’affrontent chaque année sur des sujets volontairement paradoxaux. Le format a formé des générations d’orateurs, dont beaucoup ont ensuite quitté le droit pour la politique ou pour la scène.

Le concours Eloquentia, créé en 2012 par Stéphane de Freitas à l’université de Saint-Denis, a élargi le public de l’exercice. Le documentaire À voix haute, sorti en 2017, en a montré le déroulement à un large public et a beaucoup fait pour l’image de la discipline en France.

Participer reste facultatif. S’entraîner comme si vous participiez change en revanche beaucoup de choses. Prenez un sujet au hasard, accordez-vous cinq minutes de préparation, parlez trois minutes en vous filmant. Cet exercice hebdomadaire fait progresser plus vite que la lecture de dix livres sur la rhétorique.

Ce qu’on en tire sans être avocat

L’entraînement à l’éloquence apporte quatre bénéfices immédiats hors du tribunal : une pensée plus structurée, une capacité à répondre sans préparation, une meilleure tolérance au regard du public, et des formulations plus courtes. Ces gains se voient en réunion, en entretien, en négociation, et sur scène.

Le premier bénéfice surprend souvent. En vous obligeant à formuler proprement, vous découvrez les trous de votre raisonnement. Une idée qui refuse de se dire simplement contient presque toujours un point que vous n’avez pas encore réglé. La parole sert alors de test.

Le deuxième bénéfice concerne l’improvisation. Ceux qui répondent bien à froid ne réfléchissent pas plus vite que les autres. Ils disposent de structures prêtes à l’emploi : la règle de trois, l’antithèse, la question retournée. La structure leur laisse le temps de penser pendant qu’ils parlent.

En entreprise, ces compétences pèsent lourd sur le plan professionnel. Le média L’Optimisme Pro traite régulièrement la prise de parole au travail, sous l’angle du management et de la qualité de vie au travail, ce qui complète utilement l’approche technique de cet article.

Ce qu’il faut retenir

L’éloquence se travaille avec six figures simples, une attention constante au rythme et un entraînement régulier à parler sous contrainte de temps. Elle vient après le fond et après le plan, jamais avant. Employée avec mesure, elle rend un propos clair et mémorable, sans jamais donner l’impression d’un numéro.

À retenirUn sujet au hasard, cinq minutes de préparation, trois minutes de parole filmée, une fois par semaine. Cet exercice unique contient l’essentiel de l’entraînement à l’éloquence.

Ces figures et ce rythme servent votre propos, qui doit lui-même tenir en une promesse et une demande. La méthode complète se trouve dans le guide sur le pitch et sa structure en quatre temps, pilier de cette série sur la prise de parole.

Et si la peur de mal dire vous bloque avant même de commencer, le problème relève d’autre chose que de la technique. L’article sur gérer le trac en conférence détaille ce qui fonctionne réellement, et ce qui ne sert à rien.

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Questions fréquentes sur l’éloquence

Quelle est la définition de l’éloquence ?
L’éloquence désigne l’art de bien dire, c’est-à-dire de choisir les mots, l’ordre et le rythme qui rendent un propos clair, mémorable et persuasif. Elle porte sur la mise en mots et sur la parole vivante, là où la rhétorique couvre toute la construction du discours.
Quelle différence entre éloquence et rhétorique ?
La rhétorique couvre l’ensemble du travail de l’orateur, de la recherche des idées jusqu’à leur exécution. L’éloquence concerne plus précisément la mise en mots et la parole. Dans le découpage classique en cinq étapes, elle occupe la troisième et la cinquième.
Comment travailler son éloquence seul ?
Prenez un sujet au hasard, accordez-vous cinq minutes de préparation, puis parlez trois minutes en vous filmant. Répétez l’exercice chaque semaine et revoyez vos vidéos. Cette contrainte de temps fait progresser plus vite que la lecture d’ouvrages sur la rhétorique.
Quelles figures de style utiliser à l’oral ?
Six figures suffisent : l’anaphore, la règle de trois, l’antithèse, la métaphore, la question rhétorique et la gradation. Employez-les une ou deux fois chacune par intervention. Au-delà, l’effet devient voyant et le public décroche.
À quoi sert un concours d’éloquence ?
Un concours d’éloquence oblige à construire vite, à tenir une durée imposée et à affronter un jury. Ces trois compétences servent en réunion, en entretien et en négociation. Le concours Eloquentia, créé en 2012 à Saint-Denis, a fait connaître l’exercice au grand public.
Catherine Testa

À propos de l’autrice

Catherine Testa

Conférencière, autrice, fondatrice de L’Optimisme. Elle forme les conférenciers de France.

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