Art oratoire
L’expression sent la poussière et le concours d’éloquence. Elle recouvre pourtant la boîte à outils la plus solide qui existe pour parler devant des gens. Vingt-cinq siècles d’essais, de traités et de corrections, tenus par trois auteurs que vous pouvez encore lire ce soir : Aristote, Cicéron, Quintilien.
Cet héritage garde ce qui sert encore un orateur d’aujourd’hui, sur une scène d’entreprise ou dans un amphithéâtre. Les concepts anciens répondent à des problèmes très contemporains : comment on gagne la confiance d’une salle, dans quel ordre on fabrique un discours, où s’arrête la persuasion honnête.
Au sommaire
- L’art oratoire, une définition qui tient en une phrase
- Les trois leviers d’Aristote : ethos, pathos, logos
- Les cinq étapes de la tradition romaine
- Quintilien et la question de l’honnêteté
- Ce qu’un orateur moderne en garde vraiment
- Quatre exercices pour travailler son art oratoire
- Questions fréquentes
L’art oratoire, une définition qui tient en une phrase
L’art oratoire désigne l’ensemble des techniques qui permettent de construire et de prononcer un discours destiné à convaincre un auditoire. Il couvre la recherche des arguments, leur organisation, le choix des mots, la mémorisation et la performance vocale et corporelle. Il s’apprend, comme un métier, par la pratique répétée.
Le mot vient du latin orator, celui qui parle en public, notamment devant un tribunal ou une assemblée. Dans la Grèce et la Rome antiques, cette compétence décidait de procès, de guerres et de carrières. Elle occupait le centre de l’éducation des élites pendant des siècles, avec des traités, des exercices gradués et des professeurs rémunérés pour cela.
Cette histoire longue explique la solidité de la matière. Les mécanismes décrits par Aristote portent sur des humains qui écoutent, jugent et se laissent émouvoir. Ces humains ont changé de vêtements, ils fonctionnent de la même façon. Un orateur qui connaît ces mécanismes travaille avec des outils éprouvés au lieu de réinventer sa méthode à chaque discours.
Les trois leviers d’Aristote : ethos, pathos, logos
Dans sa Rhétorique, écrite au quatrième siècle avant notre ère, Aristote distingue trois moyens de persuasion. L’ethos repose sur le caractère de l’orateur et la confiance qu’il inspire. Le pathos agit sur les émotions de l’auditoire. Le logos s’appuie sur le raisonnement et les preuves. Un discours solide mobilise les trois.
L’ethos arrive en premier chronologiquement. Une salle décide très vite si elle vous accorde du crédit. Cette décision précède l’examen de vos arguments et elle les colore. En entreprise, votre ethos se construit avec votre légitimité affichée, votre présentation par l’organisateur, votre tenue, votre façon d’entrer. Il se détruit avec une exagération que quelqu’un dans la salle pourra vérifier.
Le pathos porte l’attention. Une salle qui ressent quelque chose reste éveillée. Le récit personnel, l’exemple incarné, l’humour et l’indignation appartiennent à ce registre. Aristote le traite avec beaucoup de sérieux et lui consacre un examen détaillé des passions, de la colère à la pitié. Il constate simplement que les jugements humains varient selon l’état émotionnel de celui qui juge.
Le logos donne au public de quoi justifier son adhésion. Après votre intervention, votre auditeur doit pouvoir expliquer à un collègue pourquoi il vous a suivi. Sans logos, l’émotion s’évapore en quelques heures et l’adhésion avec elle. Chiffres sourcés, enchaînements clairs, exemples vérifiables : ce matériel transforme un moment agréable en conviction durable.
Les cinq étapes de la tradition romaine
La rhétorique romaine, dont Cicéron reste la figure majeure au premier siècle avant notre ère, découpe la fabrication d’un discours en cinq opérations : l’inventio, la dispositio, l’elocutio, la memoria et l’actio. Trouver la matière, l’ordonner, l’écrire, la retenir, la dire. Ces cinq étapes se suivent dans cet ordre.
| Étape | Ce qu’elle recouvre | Sa version moderne |
|---|---|---|
| Inventio | Trouver les idées et les arguments | Le carnet de terrain et la recherche |
| Dispositio | Organiser le plan du discours | La trame en trois ou quatre mouvements |
| Elocutio | Choisir les mots et les figures | L’écriture des phrases clés |
| Memoria | Retenir le discours | La mémorisation par blocs et repères |
| Actio | Prononcer, avec la voix et le corps | Les répétitions debout, filmées |
Ce découpage garde une vertu pratique immédiate. La plupart des orateurs contemporains sautent l’inventio et la dispositio pour se jeter sur l’elocutio, autrement dit sur les jolies phrases et les diapositives. Ils écrivent avant de savoir quoi dire. Le résultat sonne bien pendant trois minutes et se délite ensuite, parce que la charpente manque.
La memoria mérite une mention particulière. Les Romains avaient développé des techniques de mémorisation par lieux, en associant chaque partie du discours à un endroit d’un bâtiment familier. La méthode fonctionne toujours et rend un service précieux à qui veut parler sans notes. La démarche complète de construction figure dans l’article consacré à l’écriture de sa conférence signature.
Quintilien et la question de l’honnêteté
Quintilien, professeur de rhétorique à Rome au premier siècle de notre ère, consacre son Institution oratoire à la formation de l’orateur. Il y défend une exigence morale : l’orateur accompli se définit comme un homme de bien qui sait parler. La compétence technique et la droiture forment chez lui un seul ensemble.
Vir bonus dicendi peritus. L’homme de bien qui sait parler.Quintilien, Institution oratoire, livre XII
Cette formule règle une objection que l’on entend souvent dans les formations : apprendre à convaincre reviendrait à apprendre à manipuler. Quintilien répond par le contenu. Les mêmes techniques servent un propos honnête et un mensonge, exactement comme un couteau sert un cuisinier et un voleur. La responsabilité se loge dans ce que vous dites, pas dans la manière dont vous le dites.
Pour un conférencier d’entreprise, cette exigence se traduit concrètement. Vous citez vos sources. Vous datez vos chiffres. Vous distinguez ce que vous avez observé de ce que vous avez lu. Vous refusez l’anecdote spectaculaire que vous ne pouvez pas prouver. Cette discipline coûte quelques effets faciles et vous protège pendant toute une carrière.
Ce qu’un orateur moderne en garde vraiment
Trois acquis traversent les siècles sans perdre de valeur : la vérification systématique du trépied ethos, pathos, logos, la fabrication du discours dans l’ordre des cinq étapes, et l’exigence d’honnêteté de Quintilien. Le reste de l’appareil ancien, avec ses centaines de figures classées, intéresse surtout les historiens.
Deux différences majeures séparent une salle romaine d’une salle de séminaire. La durée d’abord : un plaidoyer antique pouvait durer des heures, votre auditoire décroche au bout de vingt minutes sans respiration. Le rapport à l’autorité ensuite : une assemblée contemporaine accepte mal le ton solennel et se méfie de l’orateur trop lisse. Elle réclame de la simplicité et des preuves.
L’adaptation passe donc par le format. Vous gardez la charpente antique et vous découpez en séquences courtes, vous alternez récit et démonstration, vous acceptez l’interaction. La présence personnelle qui en résulte porte un nom courant, développé dans l’article sur le charisme, et un cousin plus commercial que traite l’article sur le pitch.
Un dernier héritage circule sous forme d’anecdote. Plutarque raconte que Démosthène, orateur athénien du quatrième siècle avant notre ère, corrigeait sa diction en parlant avec des cailloux dans la bouche et travaillait sa voix face à la mer. L’exactitude du récit reste discutée. Sa morale tient toujours : l’art oratoire se gagne par un entraînement obstiné, jamais par un don reçu à la naissance.
Quatre exercices pour travailler son art oratoire
L’entraînement suit quatre axes : la lecture à voix haute pour la diction, l’improvisation minutée pour la fluidité, l’enregistrement vidéo pour l’actio, et la réécriture des vingt premières secondes pour l’ouverture. Vingt minutes par jour pendant un mois produisent un changement audible par votre entourage.
La formation
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La formation de Catherine Testa pour construire une conférence, la vendre au bon prix et la porter sur scène. Une méthode issue de plus de 500 conférences en entreprise.
Questions fréquentes sur l’art oratoire
Quelle différence entre art oratoire et éloquence ?
Que signifient ethos, pathos et logos ?
Quelles sont les cinq étapes de la rhétorique classique ?
L’art oratoire s’apprend-il à tout âge ?
Apprendre l’art oratoire, est-ce apprendre à manipuler ?
Ces principes se vérifient sur le terrain, salle après salle. Catherine Testa les met en pratique dans ses interventions, dont les thèmes et les formats se consultent sur son site de conférencière.
À propos de l’autrice
Catherine Testa
Conférencière, autrice, fondatrice de L’Optimisme. Elle forme les conférenciers de France.
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